Débris de tuer.

article magazine des livres (en kiosque)

Compte rendu de Gwen Garnier-Duguy paru dans Le magazine des Livres, numéro 24, mai/juin 2010, p. 75.

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Compte rendu d’Amandine Marembert paru dans Contre-allées, numéros 27-28, 2010, p. 94.

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Compte rendu de Christophe Samarsky paru dans Cahier critique de poésie, numéro 21, Centre international de poésie Marseille, 2011, p. 177.

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Compte rendu d’Antoine Emaz paru dans Poezibao (17 mai 2010) :

« Ce livre est risqué, ce qui revient à dire qu’il est intéressant : la poésie ne dort pas sur ses deux oreilles. Et d’abord, risqué parce qu’imprévu. Matthieu Gosztola est né en 1981 : un auteur soucieux de faire carrière creuse d’ordinaire la veine qui l’a fait connaître. Les précédents livres développaient plutôt un intimisme familial et amoureux, même si le dernier (Recueil des caresses échangées entre Camille Claudel et Auguste Rodin, éd. de l’Atlantique, 2008) ébauchait une sortie de soi, ou une forme de projection, de passages par d’autres figures. Mais dans Débris de tuer, c’est le génocide rwandais qui fait l’objet du livre. Donc plus rien là de personnel, semble-t-il. Dans sa judicieuse préface, Bernard Pignaro note : « En 1994, Matthieu Gosztola était un enfant. Rien dans son destin personnel ne le prédisposait à étudier cette page particulièrement atroce de l’histoire du monde. » Rien ne laissait donc attendre ce livre, très loin de l’ « étroite peau » d’un jeune poète français d’aujourd’hui. Mais comment écrire sur un génocide ? On pense à la célèbre phrase d’Adorno affirmant l’impossibilité de la poésie après Auschwitz… D’abord, en s’absentant : le poète laisse toute la place aux faits et aux victimes. On songe à Holocauste de Reznikoff et aux objectivistes américains. Ici, la technique du cut-up semble utilisée, mais pas de la façon volontairement plate, neutre, froide, des objectivistes. Aucun pathos dans le livre de Gosztola, mais il y a du relief, de la rugosité de langue, à commencer par les emprunts fréquents au rwandais, et l’alternance entre les faits, rapportés à la troisième personne, et les témoignages (on, je, nous), toujours très courts, morcelés. Autre façon d’avoir une prise de langue sur l’événement terrible : la composition. Chaque page est présentée comme autonome, avec indication de date et de lieu : « Rubavu, 6 Mai 1994 », par exemple. Mais la suite chronologique des pages constitue comme une approche particulière d’un « récit ». De même, le livre est clairement construit sur deux périodes : la première partie (pages 9 à 51) couvre la période du génocide lui-même (7 avril 1994 – 30 juin 1994), alors que la seconde partie (pages 53 à 89) s’étend du 26 juin 1995 au 12 avril 2010 et nous fait donc entrer dans le temps de la mémoire et des conséquences longues du traumatisme. Cette structure très forte du livre, même si elle ne saurait être confondue avec celle d’un récit, équilibre une force égale de dispersion, d’émiettement, une sorte d’affolement du texte en particules qui sont plus en résonance qu’en lien. L’extrême diversité des dispositifs d’écriture employés participe à cette impression double de maîtrise (presque savante, ciselée dans le détail) et de perte de contrôle global. Gosztola alterne une multiplicité de techniques : vers libre centré, vers libre avec justification à gauche, vers libre avec justification à droite et à gauche créant un vide mobile au centre, passage de l’italique au romain, changement de corps de caractère, parenthèses doubles voire triples, schémas, suite de points, éclatement du mot par séparation des lettres qui le composent, ou inversement soudure de plusieurs mots… Ces ruptures constantes perturbent la lecture en même temps qu’elles créent un sentiment de vertige face à ce qui a lieu dans la première partie, ou a eu lieu, dans la seconde. La mise en page complexe de ce livre le rend difficile à citer  en restituant une page à l’identique ; je choisis donc une page particulièrement « simple »: « paisible crypté dans la nuit / en munyarwanda // je veux construire une maison / pour mon imagination / et y mettre le feu //// ce sont des morceaux que je foule / comme je regarde ce que je n’ai pas vu // et en avant // il faut que je marque sur la poussière rouge / que je me souvienne du pas de danse bantoue / de l’effroi de cette figure qu’elle n’avait pas au moment de mourir //// (je vois une fuite / dans le silence // : les / visages / insistent / dedans et / me parlent / pour me / taire ) //// ( Vancouver, 3 janvier 2009) »  Il est difficile de dire d’un tel livre qu’il est « réussi », mais c’est une remarquable tentative pour aller poétiquement contre l’inhumain, sans concession aucune au voyeurisme morbide ou au goût pervers pour l’horreur. »

Compte rendu de Sylvie Dupuis paru dans Sitaudis (12 avril 2013)

« Matthieu Gosztola, lorsqu’il lit Débris de tuer, s’accompagnant au piano, privilégie « le magnétisme animal de la voix humaine ». Grâce à cela, il s’inscrit dans la lignée d’une tradition musicale, qui, avec l’opéra, court depuis le milieu du XIXe siècle. S’il se tient proche de la musique, ce n’est pas seulement parce qu’il offre des lectures de son texte mélangées au tissu musical de ses compositions (fait que j’ai analysé dans Poezibao) ; c’est aussi parce qu’avec ce livre de poèmes il se tient près de Debussy puisqu’il observe de bout en bout un « mouvement de flux et de reflux entre le réalisme le plus implacable et l’onirisme le plus impalpable » (Pierre Boulez). Mouvement de flux et de reflux, même si à première vue non. Le « réalisme le plus implacable » touche nettement (s’y cantonne ?) la première partie du recueil, qui relate les événements du génocide. Mathieu Gosztola s’attache à épeler le réel. Epeler des personnes. Des êtres en proie au cauchemar vivant. Puisque le réel c’est quelqu’un (Gérard Pommier). Il relate le sans absence (puisqu’il n’y a pas d’absence dans le réel). Il dit le hors symbolique(puisque le réel, c’est ce qui résiste à la symbolisation). L’écriture poétique devient ce qui permet au langage de se tenir en-deçà du signifiant. Avec une précision et une intensité qui tournent au cauchemar. Le cauchemar, c’est,quand la douleur et l’inhumanité règnent en maître, là. Où il n’y a pas de signifiant. Là. Où il n’y a pas de symbolique. Là. Où il n’y a pas d’absence. La seconde partie de Débris de tuer. Qui est le temps de la mémoire. Où les rêves font retour. Eau noire roulant avec elle le sable, la poussière, la cendre. Eau ramenant à la conscience les cailloux polis par l’horreur des massacres. Des crânes, de petits crânes, d’enfants. Nourrissons écartelés. L’innommable de la terreur est restitué à l’être qui croit pourtant avoir survécu. L’être, le survivant. Mais qui ne fait que vivre. Sa mort. Une mort qu’il habite. En même temps, flux et reflux il y a, l’onirisme touche au plus profond la première partie du livre, dans la façon avec laquelle Gosztola opère une utilisation singulière mais héritée du surréalisme de l’image poétique. Et le réalisme n’est jamais absent de la seconde partie. Puisque les rêves. Les visions. Sont relatés avec la précision des gestes d’un ébéniste. Sur le bois. Mais. Le temps d’après le génocide est le temps où les visions font feu de tout bois, de tout geste, de tout sens. Les visions : si insistantes, cancer métastasé dans chaque parcelle de l’imaginaire, dans chaque moment de la vie. Survie. L’une des clameurs de Débris de tuer est de ressusciter précisément chaque vision, avec tout l’attirail formel que peut offrir aujourd’hui la poésie. « Ressusciter chaque vision », c’est-à-dire rendre perceptible, audible, sa force d’impulsion, son mouvement de frappe, sa décharge électrique dans l’échine. Dans la voûte. Plantaire. Voûte. Du ciel. Avec quasiment un travail de peintre sur le blanc aussi, couleur  sans couleur que l’auteur sculpte avec une extraordinaire acribie, pour en faire apparaître l’ombre : mots. Brisés parfois, cadavres de phrases il y en a. Propositions segmentées, déchirées, blessées jusqu’en leur noyau, oui, il y a. M’intéressant à la genèse de Débris de tuer, j’ai appris que l’auteur s’était beaucoup inspiré des témoignages, écrits, seulement oraux aussi (au point de restituer – échardes de sens dans le vers, cris, Cris – des éclats de kinyarwanda). Matière volatile des paroles, qu’il a capturée dans le filet du poème. Débris de tuer montre l’effacement intégral de la figure de l’auteur et pourtant, Gosztola est tout là, là où il dit, derrière les éclats de voix (éclats pas simples éclats : éclats déchirés) qui appartiennent au monde. C’est comme si. Comme s’il avait déterré des tablettes d’argile séchée recouvertes de quelques mots. Rendu visible la surface aplanie et sèche des papyri. La pierre ravalée. La poterie. Rendu à notre vie les ostraca (nom qu’on donne aux fragments de poterie inscrits). Mais nous, lecteurs. Que faire de ces tessons de poterie, de tous ces fragments ? Les prendre avec nous. Dans notre vie. Prendre conscience de la fragilité. Des choses. De la cruauté du temps. Et de l’Histoire. Ouvrir la parole. Ouvrir le poème. A l’autre. A l’éthique. A la conscience de la fragilité. Humaine. Et au savoir que nous délivre. La cruauté. Des rêves. »

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Compte rendu de Sophie G. Lucas paru dans Gare maritime 2012, « anthologie écrite et sonore de poésie contemporaine », Maison de la Poésie de Nantes, 2012, p. 17.

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Débris de tuer a été analysé à l’ENS-Ulm, samedi 15 novembre 2014 à 9 h, lors du colloque international « Rwanda, 1994-2014, récits, constructions mémorielles et écriture de l’histoire ». (Communication d’Éric Hoppenot intitulée « Les fictions littéraires comme écriture du désastre ».)

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Selon la Maison de la Poésie de Nantes, avec ce recueil, « long thrène d’un seul souffle », Matthieu Gosztola « plonge brusquement au cœur de l’événement tragique entre tous : le génocide perpétré au Rwanda en 1994. Son langage âpre et sa maturité surprennent, mais s’imposent. »

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Dans ce livre, selon Ouest-France, Matthieu Gosztola fait entendre « l’écho inapaisé de[s] paroles suppliciées » (Ouest-France, 26 mars 2010).

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Matthieu Gosztola revient longuement sur cet ouvrage et l’écriture de celui-ci dans « La mort dans la langue », un dialogue qu’il a mené avec Mathieu Brosseau et que Libr-critique a publié le 24 juillet 2013. Lire ce dialogue ici.

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La chronique de Catherine Pomparat intitulée « La théorie des sacrifices » et parue dans remue.net le 28 juin 2010 a été écrite à partir de ce recueil.

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Matthieu Gosztola a reçu une bourse de création du Centre National du Livre en 2009 « pour [ce] projet portant sur la thématique du génocide au Rwanda » et, dans son  »rapport d’activité pour l’année 2009 » (p. 62), le CNL mentionne que « sur les 262 aides allouées en 2009 », le projet poétique de Matthieu Gosztola fait partie des quatre projets poétiques (ayant reçu une aide similaire) qui ont « été particulièrement salués. » Lire l’intégralité de ce rapport ici.

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