Rencontre avec Balthus.

Compte rendu de Gwen Garnier-Duguy paru dans le numéro 68 de Recours au Poème :

« Matthieu Gosztola nous offre une Rencontre avec Balthus, poème d’un seul tenant paru dans les belles et simples éditions La Porte menées par Yves Perrine. Le livre est de petit format. Il tient dans une poche. C’est une idée formidable car avec cette collection, Yves Perrine invente le poème compagnon. A l’heure où l’on dit que la poésie ne se vend pas, pour quelques euros, vous voilà portant un poème par devers vous. Le poème de Gosztola commence le plus simplement du monde : il visite une personne à l’hôpital et apporte des brouillons de poèmes qu’il laisse à lire. Scène réelle ? Allégorie ? Qu’importe : dans le poème loge la guérison de l’homme. Or il se trouve que cet homme, dans cet hôpital, est une femme. Le poète apporte sa robe d’enfance à la malade, celle brodée de promesses et d’avenir offert. Elle faisait danser les saisons depuis sa robe d’été. C’est ainsi que le poème de Gosztola chante la femme en lui et ouvre une danse annuelle qui ressemble à une conversation intérieure. Le poème se poursuit, et cette conversation, faite de silence, de souffrance rentrée, d’absence, se rend attentive aux signes du dehors, qui sont peut-être des intersignes du dedans. Un merle sautille sur la pelouse / J’ai tourné la tête au bon moment / Pour entendre les quelques notes / De la mélodie de son geste / Mais pas toi L’attention aux gestes, la prévenance envers l’autre grandit chacun dans ce duo ne formant plus qu’un être, un être fait d’empathie, un être fait d’amour. Puis je te brosse les cheveux / En faisant très attention / Pour que tu n’aies jamais mal / Pendant que s’ouvre (pour nous contenir) / Silencieusement / Le poème La patiente demande alors au poète de lui ramener ses livres sur Balthus et le concert des regards, des contemplations, unit ces êtres de fraternité. Le poème fait alors affleurer des citations du peintre qui se confondent au poème, lui-même étant l’émanation de l’ensemble fraternel qui tient alors lieu d’amour. « Je cherche à m’approprier la part d’ombre/D’un chemin dénué de tout ». Est-ce Balthus qui parle ? Est-ce Gosztola ? L’art lie, unit, marie. Juste avant que Balthus ne meure / L’ensemble des êtres / Vivant dans ses tableaux vivants / S’est réuni à son chevet // Et chacun a posé ces mots / Sur son front brûlant / Pour atténuer la brûlure de la perte / Devenant peu à peu elle-même / Par une lente métamorphose / Du silence au silence // « La mort ne garde rien pour elle //  Elle souffle les sourires des morts / Dans la bouche des enfants » Au chevet de la patiente, il y a la peinture de Balthus, il y a la pensée du poème, il y a la leçon du peintre entendue par le poète : Peindre pour / Faire tomber la vie dans la vie // Mais dans la vie originelle / Qui est frémissement / D’un presque silence / Contenant pourtant tout l’espace Rencontrer Balthus, c’est rencontrer le corps de la peinture, à l’instant où celui de la sœur mystique vacille. A l’heure du corps présent demeurera les preuves du passage : le poème, habité de gestes naturels, geste d’amour de tout renouvellement du monde. »

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Compte rendu de Sabine Huynh paru dans Terre à ciel en février 2014 :

« Rencontre avec Balthus, de Matthieu Gosztola, est un texte d’une douceur infinie, au rythme lent, comme pour retenir les instants, et aux mots retenus, chuchotés à la page, ou au silence, des mots qui y tremblent un peu, ou alors c’est moi qui ai tremblé en les lisant. Le poète s’adresse à « une jeune fille posée en équilibre / Dans son sommeil », une femme dont l’existence vacille, suspendue entre le présent dans une chambre d’hôpital et l’au-delà d’une absence éternelle. Elle aurait un peu connu Balthus. Mitsou, le chat des premières œuvres du peintre, fait une apparition pour nous apprendre l’attente sereine (« le chat de longues heures immobile / sur le rebord de la fenêtre »). Balthus et son chat nous rappellent que l’enfance n’a sans doute jamais quitté le prodige dont la fraîcheur constante du regard fait vivre et ressuscite : « peindre pour faire tomber la vie dans la vie », écrit Matthieu Gosztola. « J’ai la vie près de moi / Tu es la vie / La mort n’existe pas / Elle ne prendra pas les dernières images / Que j’ai de toi / Je te regarde / Je continue / De lever mon bras lentement » Matthieu Gosztola est aussi Balthus dans ces vers : le peintre essayant de capturer la source de nos frémissements devant un corps abandonné au repos, « pour comprendre le sommeil ». Le poète ressuscitant l’endormissement (et l’endormie) « avec la délicatesse d’un embrassement ». Les mots s’agrippent donc au regard dans Rencontre avec Balthus : regarder avec amour un être aimé alité, son corps poignant qui se délite dans l’entre-deux. Par ce regard, rester ensemble. »

Voir aussi les comptes rendus d’Antoine Emaz dans Poezibao et de Cécile Guivarch dans Terre à ciel.

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