Tu es et je voudrais être arbre aussi.

Compte rendu de Jean-Paul Gavard-Perret paru dans lelitteraire.com le 25 janvier 2017 :

Arbre de vie

La « Dis­pa­ri­tion » est la condi­tion insé­cable à la condi­tion humaine Avec le temps, celle-là est de plus en plus plu­rielle. Néan­moins, « Les arbres, leur lumière dense res­tent, pour que nous che­mi­nions ». Comme demeure la poé­sie qui s’adresse aux aimé(e)s et qui est écrite pour que nous les rejoi­gnons.

Il s’agit de sen­tir leur pré­sence, de les rete­nir au-delà du temps par effet de pré­sent. La poé­sie est donc une ques­tion de cha­leur qui n’est pas seule­ment ambiante. Elle est l’appel renou­velé au fait d’être vivant, elle est hom­mage à l’existence de l’autre. Même si dans l’écriture demeure l’égoïsme d’un re­mpli sur soi. C’est le pas­sage obligé fait de soli­tude, de silence, de pré­sence « in abs­ten­tia ». Il altère sans doute ce par­tage mais com­ment pro­cé­der autrement ?

Matthieu Gosz­tola pré­cise ici ce repli qui inau­gure un pas­sage afin que les mots qui se dérobent soient, étant trou­vés, les plus justes. Ils se découvrent peu à peu par le « long et lent exer­cice d’imbécillité » dont parle Nova­rina au moment où l’œuvre s’empare de celui qui croit y régner en maître. La vieillesse à ce titre est bonne conseillère : elle apprend la sagesse de l’ignorance. C’est au moment où les choses nous quittent que le sens de la réa­lité devient plus ajusté jusque dans ce qui fut pris naguère pour des marges. Celles d’une alté­rité qui est centre.
Peu à peu, la focale s’ajuste : la pré­ten­due myo­pie est une accom­mo­da­tion plus per­ti­nente pour atteindre l’aveu. Il n’est plus alors un simple effet de « style » à la Eluard mais la for­mu­la­tion d’une cer­taine immua­bi­lité au sein même du temps. C’est pour­quoi dans ce livre « l’arbre » est si impor­tant. Il s’agit de « sym­bo­li­ser » (et bien plus) ce qui fige en demeu­rant vivant et qui donne un corps mémo­rable à la fois en et sans échap­pa­toire au flux du temps. Fina­le­ment, tout devien­drait com­pact et contem­po­rain dans une condi­tion d’égalité où rêver sem­ble­rait hors pro­pos, ni utile, ni néces­saire. C’est peut-être une des ambi­tions les plus grandes de la poésie.