Des mots qui furent des mains.

D’où ? L’écriture vient de l’écriture.

Importante figure tutélaire : André du Bouchet.

Lettres (et qui font figure de « lettres à un jeune poète ») envoyées par cet auteur en 2001, quelques mois avant sa mort. 

Du Bouchet1 a Du Bouchet1 b

[Transcription de la lettre, initialement parue dans La Main millénaire, numéro 3, été 2012, p. 19-20]

Truinas, le 19 décembre [2001]. Je vous remercie de votre lettre – parvenue après un long détour, cher Monsieur, et de la confiance avec laquelle vous donnez à partager l’instant de vie, le vôtre, aujourd’hui éprouvant. Je vous dirai alors, pour aller au plus court, et songeant à votre souhait, qu’il faut d’abord écrire pour soi, et, pour commencer, s’il peut y avoir un commencement, uniquement pour soi, vous ne pouvez donner que ce qui tient à vous, presque exclusivement, sans attente et sans espoir, et ce que personne d’autre n’est en mesure d’attendre. Ce qu’est vous-même, et, pour commencer, vous seul dans votre singularité, ne peut que déconcerter, et ne vaut que par sa qualité d’inattendu. C’est dire que vous vous exposez aussitôt – en tachant de vous mettre vous-même au monde, au par instants terrible monde, comme vous le savez – que c’est à un refus que vous vous exposez. Ce monde somnambule ne se sent vivre que dans l’attendu, et se dérobe devant le vivant qui est de l’ordre de l’imprévisible toujours, source d’effroi avant de s’y trouver engagé. Il vous revient à vous seul de prendre la mesure de ce que vous exigez de vous-même, de déterminer dans quelle mesure vous vous trouvez en écrivant sous le coup d’une contrainte et d’une nécessité qui rendent sur le moment les brûlures d’amour presque tout à fait secondaires, si pénibles qu’elles puissent être. A vous d’être votre premier lecteur le plus exigeant, qui acceptera ou refusera ce que vous lui proposerez, en laissant pour le moment les autres dans les parenthèses du lointain. Pensée cordiale, André du Bouchet. Et, bien sûr, faites-moi parvenir votre recueil quand vous le souhaiterez.

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Du Bouchet2 aDu Bouchet2 b

[Transcription de la lettre, initialement parue dans La Main millénaire, numéro 3, été 2012, p. 20]

Vanves, le 31 janvier [2001] Dans les poèmes que vous m’avez donné à lire, chaque fois, cher Matthieu Gosztola, la nécessité de les écrire, cette contrainte et cette nécessité qui tient à la valeur de connaissance – de soi, et pour commencer, d’abord. Dépouillement qui ne vaut que s’il est, comme ici, donné sans être recherché, et qui fait sans aucun doute le poète. Ce dernier mot, et celui de poème, étranger au prestige des magnificences de rencontre – vous les traversez pour atteindre, à travers l’habituel, à l’insolite qui tient aussi à la pulpe des mots. Il ne vous reste donc qu’à poursuivre. Travailler, insister, sans vous soucier d’un inexistant milieu littéraire. Bon courage, il en faut beaucoup, mais il apparaît, à vous lire, que vous n’en manquerez jamais. André du Bouchet.

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Lettre envoyée peu avant par Christian Bobin (« figure » on ne peut plus éloignée !) :

BOBIN0001 BOBIN003

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 Quelques autres mots qui furent des mains.

De Jean Echenoz :

echenoz

De la regrettée Lisa Bresner :

lisa bresner

D’Yves Bonnefoy :

yves bonnefoy

De Jude Stéfan :

stefan

Du regretté Jean-Pierre Vernant :

vernant

 

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